ETHNOGRAPHIE MALAYĀḶAM ET PHILOSOPHIE EN ASIE DU SUD

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Anthropologie sociale en Inde et Asie du sud
Concepts et actualités

Jean-Claude Galey
Francis Zimmermann

1er et 3e jeudis du mois de 11h à 13h

Nous regrettons de ne pas pouvoir nous réunir en présentiel. Le séminaire se tient en visioconférence sur Zoom. Pour obtenir le lien de connexion permettant de rejoindre la réunion Zoom, le demander par mail à Francis Zimmermann

Prochain séminaire

Jeudi 21 avril 2022 à 11 heures

Śaṅkara, brahmane nambūdiri
et philosophe ethnographiquement situé

Francis Zimmermann

Je m'inspire pour l'Inde des lumineux écrits de Joël Thoraval sur la philosophie en Chine.

Il ne semble pas qu'on puisse faire l'économie de deux utilisations différentes du concept de «philosophie». […] Pas seulement pour la raison simple que la mise en présence d'univers de pensée également profonds mais différents est susceptible de créer des occasions de surprise, de nouveauté, voire d'illumination réciproque. Mais aussi pour une raison qui tient à la vocation initiale de la philosophie occidentale elle-même. Ce que la fréquentation des univers confucéen ou bouddhique peut contribuer à maintenir vivante, c'est l'interrogation sur ce que Kant appelle le «concept cosmique» (Weltbegriff) de la philosophie [comme science des fins dernières de la raison], par opposition à son «concept scolastique» (Schulbegriff) [comme virtuosité spéculative d'un artiste de la raison]. Il n'est pas nécessaire de croire réalisable l'idéal antique d'une vie de sagesse pour trouver profit à cette confrontation. A tout le moins, la pensée philosophique occidentale peut y trouver des ressources nouvelles pour penser à nouveaux frais «le monde que nous avons perdu» depuis le tournant moderne de l'activité philosophique. Joël Thoraval (2002: 65; 2021: 375).

On considère Śaṅkara, brahmane nambūdiri du Kerala (VIIIe siècle), comme le plus grand philosophe indien. On admire l'architecture interne de l'Advaita Vedānta qu'il a systématisé, depuis que Krishna Chandra Bhattacharyya en 1901 la révéla en opérant une rupture décisive avec l'approche historiciste qui prévalait alors chez les orientalistes. Cette rupture se fit au prix d'une distinction entre Śaṅkara le philosophe, l'artiste de la raison, et Śaṅkarācārya le gourou, le fondateur d'institutions monastiques hindoues, distinction aux termes de laquelle les hymnes qui lui sont attribués et les vies légendaires qui lui sont consacréessortaient du champ philosophique. La réhabilitation de ces deux genres d'écrits prétendûment non-philosophiques se fit en deux étapes. D'éminents historiens de la philosophie indienne (Ingalls, Hacker, Halbfass) soulevèrent d'abord la question d'une articulation entre raison et tradition qui soit intrinsèque au système philosophique du Vedānta. Ensuite, mais seulement depuis quelques décennies, une floraison de publications érudites en épigraphie (Veluthat) et en anthropologie (de Parpola à Nowicka) ont renouvelé nos connaissances sur l'histoire politique et sociale des brahmanes au Kerala, tandis que des études littéraires sanskrites sur le genre hagiographique en général et les biographies légendaires de Śaṅkara en particulier, les digvijaya [le récit de ses «tournées triomphales des horizons», suivant la traduction de Michel Hulin], éclairaient l'une par l'autre l'ambition universaliste et la situation politique et sociale de son œuvre philosophique.


     Jonathan Bader, Conquest of the Four Quarters. Traditional Accounts of the Life of Śaṅkara, PhD Thesis, Canberra, The Australian National University, June 1991.
     Krishna Chandra Bhattacharyya, Studies in Vedāntism (1901), repris dans ses Studies in Philosophy, Edited by Gopinath Bhattacharyya, Calcutta, 1958; 3rd revised and enlarged edition, Delhi, Motilal Banarsidass, 2008.
     Matthew Clark, The Daśanāmī-Saṃnyāsīs. The Integration of Ascetic Lineages into an Order, Leiden, Brill, 2006.
     Catherine Clémentin-Ojha, Etre un brahmane smārta aujourd'hui, Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, T.87, n°1, 2000, pp.317–339.
     Paul Hacker, Relations of Early Advaitins to Vaiṣṇavism (1965), repr. in Philology and Confrontation. Paul Hacker on Traditional and Modern Vedanta, Edited by Wilhelm Halbfass, Albany, SUNY Press, 1995.
     Wilhelm Halbfass, Human Reason and Vedic Revelation in the Philosophy of Śaṅkara, in W. Halbfass, Studies in Kumārila and Śaṅkara, Reinbek, Inge Wezler Verlag, 1983, pp.27–84.
     Michel Hulin, Shankara et la non-dualité, Paris, Bayard, 2001.
     Daniel H.H. Ingalls, The study of Śaṃkarācārya, Annals of the Bhandarkar Oriental Research Institute, 1952, Vol.33, Nos.1–4, pp.1–14.
     Paul Martin-Dubost, Çankara et le Vedānta, Paris, Le Seuil (Maîtres spirituels), 1973.
     Sengaku Mayeda, Review of Meditation in Śaṅkara's Vedānta by Jonathan Bader, Indo-Iranian Journal, January 1998, Vol.41, No.1 (January 1998), pp.64–69.
     Olga Nowicka, Conquering the World, Subduing the Minds. Śaṅkara's Digvijaya in the Local Context, Cracow Indological Studies, Vol.17, 2016, pp.145–166.
     Olga Nowicka, Vedic Ritualism and Advaita Vedānta Monastic Institutions in Kerala, Studia Religiologica 50.2 (2017): 163–171.
     Olga Nowicka, Local Advaita Vedānta Monastic Tradition in Kerala: Locating, mapping, networking, The Polish Journal of the Arts and Culture, New Series 9.1 (2019): 27–51.
     André Padoux, Compte rendu de Yoshitsugu Sawai, The Faith of Ascetics and Lay Smārtas. A Study of the Śaṅkaran Tradition of Śṛṅgeri, Vienna, Publications of the De Nobili Research Library, 1992, Revue de l'histoire des religions, tome 212, n°2, 1995, pp.250–251.
     Marjatta Parpola, Kerala Brahmins in Transition: A Study of a Nampūtiri Family, Helsinki, Finnish Oriental Society, 2000.
     Śaṅkara, Muṇḍakopaniṣadbhāṣya. Commentaire sur la Muṇḍaka Upaniṣad, Introduction, traduction et notes par Paul Martin-Dubost, Paris, Michel Allard Editions Orientales, 1978.
     Yoshitsugu Sawai, On a Legendary Biography of Śaṅkara. Especially in regard to the date of Mādhava's Śaṅkaradigvijaya,Journal of Indian and Buddhist Studies (Indogaku Bukkyogaku Kenkyu), 1985, vol.34, no.1, pp.459-454.
     Yoshitsugu Sawai, The Nature of Faith in the Śaṅkaran Vedānta Tradition, Numen, Vol.34, Fasc.1 (June 1987), pp.18–44.
     Karin Steiner, Review of Kerala Brahmins in Transition. A Study of a Nampūtiri Family by Marjatta Parpola, Indo-Iranian Journal, Vol.50, No.3 (2007), pp.289–291.
     Vidyasankar Sundaresan, Conflicting Hagiographies and History: The Place of Śaṅkaravijaya texts in Advaita tradition, International Journal of Hindu Studies, 4.2 (2000): 109–184.
     Joël Thoraval, Quelques remarques sur le philosophique et le non-philosophique vus par un anthropologue, Ebisu. Etudes japonaises, n°37, 2007, pp.47–70 (accessible sur Persée).
     Joël Thoraval, Expérience confucéenne et discours philosophique. Réflexions sur quelques apories du néoconfucianisme contemporain, Perspectives chinoises, n°71, 2002, pp. 64–83.
     Joël Thoraval, Ecrits sur la Chine, Paris, CNRS Editions, 2021.
     N.P. Unni, Śāṅkarasmṛti (Laghudharmaprakāśikā), Introduction, critical edition, translation and appendices by N.P. Unni, Torino,  CESMEO (Corpus Iuris Sanscriticum, 4), 2003.
     Kesavan Veluthat, Brahman Settlements in Kerala. Historical Studies, Calicut University, Sandhya Publications, 1978.
     Kesavan Veluthat, The Early Medieval in South India, New Delhi, Oxford University Press, 2013.